26/03/2009

amibiase et croisades



Plus encore que les combats, les dysenteries ont décimé les croisés, et la mort de Saint-Louis en 1270 à Tunis en est la plus remarquable illustration. L’étiologie de ces diarrhées mortelles est hypothétique et les amibiases ont été suspectées sans preuve jusqu’à récemment. Piers D Mitchell et coll ont publié une étude paléoparasitologique de deux bâtiments utilisés à Saint-Jean d’Acre au XIII° siècle (Journal of Archaeological sciences 2008;35:1849-1853).
Les premiers échantillons proviennent de l’Hôpital Saint Jean, soignant les croisés et les pèlerins, avec trois origines : une latrine, des sédiments plus récents (18° siècle) et des prélèvements du sol d’une réserve. Les autres échantillons proviennent d’une latrine de la vieille ville avec des prélèvements à différentes profondeurs du sol.
Des échantillons de ces sédiments ont été préparés et analysés avec utilisation d’anticorps monoclonaux par méthode Elisa avec les kits spécifiques de l’amibiase (Entamoeba histolityca : EH), de la giardiase (Giardia intestinalis) et de Cryptosporidium.
Dans les échantillons provenant de l’Hôpital St Jean, 6 sur 8 ont été positifs pour EH, un seul sur 8 pour le sol environnant, et tous négatifs pour l’autre latrine.
Pour la giardiase, seul un des échantillons des latrines de l’Hôpital était positif.
L’examen microscopique des prélèvements des latrines a permis de montrer la présence de nombreux kystes d’autres parasites (Ascaris, taenia, trichine et diphyllobothrium latun).
L’intérêt de cette étude est dans la découverte d’amibes qui sont spécifiquement humaines et peuvent entraîner des dysenteries majeures et parfois des abcédations viscérales (kystes du foie notamment). C’est un parasite universel qui fut d’ailleurs découvert en Russie en 1875 par Lösch. Il faut cependant bien savoir que le portage de kyste d’amibes n’est pas une preuve d’amibiase maladie qui ne concerne qu’une petite proportion des porteurs de kystes. La giardiase est beaucoup plus banale même dans les pays médicalisés.
Ce travail très argumenté, pour la première fois prouve qu’il y avait présence en abondance de kystes d’amibes au XIII° siècle en Palestine chrétienne, ce qui ne prouve pas pour autant que c’est la dysenterie amibienne a décimé les rangs des croisés et notamment aurait tué Saint Louis, bien d’autres causes dont la typhoïde ont plus de chance d’être en cause.
Pour en savoir plus sur amibiase et giardiase voir : http://medecinetropicale.free.fr/cours/amibiase.htm et http://medecinetropicale.free.fr/cours/giardiase.htm

22/03/2009

D’étranges mastoïdites

S. Flohr et le paléohistologiste allemand Michael Shultz viennent de publier (American Journal of Physical Anthropology 2009 ;138:266-73) une bien étonnante étude des mastoïdites dans deux séries historiques allemandes de 223 os temporaux (Dirmstein 6°-8° s AD :152 os pour 103 sujets et Rhens 7°s AD: 71 os pour 42 sujets).
Pour rechercher les lésions de mastoïdite, ils ont procédé à un sciage des os temporaux puis ont étudié l’aspect macro et microscopique des cellules temporales. Ils ont noté des remaniements osseux interprétés comme des stygmates de mastoïdites bactériennes. Ces malheureux archéogermains auraient soufferts de mastoïdites bactériennes dans 88,3 % des cas dans la première série et 80% dans l’autre. Ces chiffres sont totalement impossibles à admettre, les mastoïdites bactériennes en l’absence d’antibiothérapie provoquent rapidement des destructions osseuses majeures et aucune n’est signalée dans l’article.
Dans leur conclusion, les auteurs considèrent leurs résultats comme «plausibles», en considérant les mauvaises conditions de vie à l’époque. Ils indiquent que l’on ne peut comparer aux données médicales car leur méthode analyse des lésions cumulées au cours de la vie et qu’ils décomptent aussi des séquelles d’infections bactériennes « silencieuses » (???). Si on utilise le mot mastoïdite dans son sens médical actuel, la conclusion devrait être : les mastoïdites bactériennes étaient des affections gravement endémiques affectant quasiment tous les individus de ces populations et donc probablement responsables d’une effroyable létalité !!!.
Cet article m’inspire deux réflexions. D’abord, je trouve anormal de scier des crânes pour faire un diagnostic de mastoïdite à l’époque du scanner de haute définition et cette étude n'aura, de ce fait, probablement pas de lendemain. Les mêmes auteurs de cet article ont publié simultanément (International Journal of Osteoarchaeology 2009: 19: 99-106) leur méthode à partir de la même série de Dirmstein, et indiquent n'avoir réalisé que 7 scanners (et 12 études histologiques) pour 105 mastoïdes !!! Ensuite, ces diagnostics par excès illustrent une regrettable tendance à faire de la paléopathologie de laboratoire totalement détachée de la moindre réalité médicale. Que des lésions osseuses secondaires à des réactions inflammatoires de natures diverses (virales notamment) soient fréquentes (et probablement) asymptomatiques n’étonnera personne mais on ne peut pour autant porter de tels diagnostics de mastoïdites "bactériennes" sans aucun autre argument pour l'étayer.

21/03/2009

Léon Pales : un paléopathologiste français


Il existe bien peu d’auteurs français publiant en paléopathologie dans les revues scientifiques par rapports aux auteurs anglais, italiens et allemands notamment, ce que l’on peut déplorer compte tenu du nombre de fouilles archéologiques et des collections dormant dans les musées. On peut se rappeler que l’une des publications qui a contribué à lancer la paléopathologie moderne a été l’œuvre d’une médecin français en 1929, Léon Pales au destin étonnant.
« Léon Pales est né à Toulouse (Haute-Garonne) le 20 février 1905.Toute sa vie fut consacrée en marge d'une intense carrière chirurgicale, à l'anthropologie, à la préhistoire et ….au folklore ariégeois. Médecin militaire issu brillamment de " Santé Navale " (Bordeaux), il acheva sa formation au " Pharo " (Marseille), scellant ainsi une destinée " coloniale " qui l'envoya au Congo puis au Tchad (1930-1935). En 1938, il est professeur agrégé du " Pharo " et dirige la Section coloniale des élèves de l'École de Lyon. A la veille de la Guerre Mondiale, il est en charge d'un cours d'ethno-anthropologie à l'Institut de médecine coloniale de Marseille. Après une brève captivité, L. Pales déjà reconnu pour ses travaux d'archéologie et d'anthropologie, est nommé de 1943 à 1945, sous-directeur du Musée de l'Homme qu'il retrouva pour des fonctions identiques de 1950 à 1957 puis, après avoir quitté l'armée cette même année, comme directeur de recherches au CNRS. Jusqu'à sa mort, survenue le 20 juin 1988, il ne cessa de fouiller les grottes de Malarnaud qu'il aménagea en grotte-laboratoire complétée par un petit musée conservant les nombreux spécimens de sa collection personnelle ainsi qu'une partie de la collection Bourret (fouilles 1888-1891). »
Ce texte est extrait d’une notice rédigée par PL Thillaud sur le site de la BIUM.

Sa thèse est téléchargeable intégralement sur le site de la BIUM :
PALES, Léon. - État actuel de la paléopathologie : Contribution à l'étude de la pathologie comparative. Thèse de médecine de Bordeaux n°76, 1929 - 1930.
http://web2.bium.univ-paris5.fr/livanc/?cote=91138&do=pdf
ATTENTION CE TEXTE EST AUSSI PROPOSÉ CONTRE PAIEMENT SUR UN SITE COMMERCIAL !!!!
Figure extraite de la thèse de L.Pales

Ossification du sacrum et âge au décès

La détermination de l'âge au décès est un paramètre important dans les études paléopathologiques. M.G. Belcastro et coll ont étudié la chronologie de la fusion des corps vertébraux du sacrum dans deux collections européennes (Coimbra et Bologne) (American Journal of Physical Anthropology 2008; 135: 149-160). Une fusion incomplète des corps vertébraux du sacrum, quelque soit le sexe, est en faveur d'un âge au décès de moins de 35 ans. A contrario, une fusion n'apporte aucune information exploitable. Ce paramètre simple peut être utile en complément d'autres méthodes de détermination de l'âge.