Affichage des articles dont le libellé est Marqueurs d'activités. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Marqueurs d'activités. Afficher tous les articles

25/09/2009

Exostoses du canal auditif externe en Nubie

Des ostéomes, appelé communément exostoses, peuvent se développer à l’entrée du canal auditif externe au point de pouvoir quasiment l’obstruer. C’est une affection très fréquente chez les personnes ayant un contact fréquent avec l’eau comme les surfeurs. Les facteurs en cause sont le froid et l’action mécanique de l’eau. Ces exostoses sont donc considérées comme des marqueurs d’activités comprenant des immersions fréquentes. Leur étude dans les populations du passé permet d’appréhender la pratique d’activité de nage, de plongée.

K. Godde (International Journal of Osteoarchaeology 2009 sous presse on line) a étudié 744 crânes isolés provenant d’un site égyptien, Smethna South, situé le long du Nil entre la 2° et la 3° cataracte, et conservés aux Etats-Unis (Arizona). Cette série dont le sexe des sujets est indéterminé en l’absence du post-crânien est très étalée dans le temps (100 BC-1950 AD). Il existe 6 cas d’exostoses du conduit auditif externe. Le taux d’exostose dans cette série chronologiquement hétérogène est donc de 8 pour mille.

Les activités subaquatiques n’étaient probablement pas usuelles dans ces populations vivant sur les rives du Nil. L’auteur indique qu’elles tiraient leurs ressources essentiellement de l’agriculture et que ceux qui pêchaient le faisaient par la pose de filets. Il considère que d’autres facteurs que l’exposition à l’eau devaient être responsables de ces 6 cas.

On ne peut cependant exclure que parmi ces 6 sujets certains aient eu, notamment dans l’enfance et l’adolescence, des activités dans l’eau même limitées. Les observations médicales actuelles ont permis de montrer qu’il existe un important facteur individuel de sensibilité qui fait qu’à exposition égale à l’eau, certains sujets développent rapidement des exostoses et d’autres jamais. D’autre part, on constate actuellement la présence d’exostoses chez des sujets n’ayant eu aucune exposition prolongée à l’eau. Enfin, certains de ces sujets ont pu migrer depuis une région où des pratiques aquatiques existaient voire l’usage de bains romains comme l'indique d'ailleurs l'auteur.

Donc les nubiens ne pratiquaient pas le windsurf sur le Nil.

22/05/2009

La spondylolyse chez des paléo-indiens


La spondylolyse (du grec spondylos , vertèbre et lysis , destruction) est définie par la présence d’une séparation entre l’arche neurale et le corps vertébral. La localisation préférentielle est la cinquième vertèbre lombaire (L5), plus rarement la quatrième lombaire (L4) et la première vertèbre sacrée (S1). Les controverses sur l’étiologie de cette affection furent longues et nombreuses. Les tenants d’une hypothèse congénitale s’opposèrent longtemps à ceux d’une origine traumatique ou microtraumatique. L’hypothèse d’une fracture de fatigue, basée sur des travaux de médecine sportive, s’est imposée et ce mécanisme physiopathologique explique vraisemblablement la plupart des atteintes.
Dans les populations historiques et modernes européennes le taux est beaucoup plus faible, proche de 6 à 7%. Nous avions observé une prévalence de 4,9% sur un effectif de 102 rachis d’une nécropole historique (Paleobios 2004 13- lien dans le titre de cette note). Dans les populations anciennes nord-américaines, les taux les plus élevés sont rencontrés chez les Inuits.
L’étude réalisée par E Weiss sur 146 squelettes (66 H, 66 F et 14 indéterminés) d’une population paléoindienne d’un mound de la baie de San Francisco en Californie, datée de 2080 à 250 BP (International Journal of Osteoarchaeology 2009 19 375-385) retrouve également des taux très élevés de 16,4%. Les hommes ont la prévalence la plus forte (26% versus 11%). Une association significative avec une lombalisation de S1 n’a été notée que chez les hommes. Ce taux élevé de spondylolyse est en faveur de contraintes mécaniques importants dans cette population, notamment chez les hommes.
La spondylolyse est un marqueur utile pour approcher les contraintes physiques des populations mais nous considérons que seuls des taux élevés (au delà de 10%) dans une population peuvent avoir une signification, à condition que l'effectif soit important. Il n’est pas possible d’attribuer à cette lésion une valeur individuelle d’information sur le mode de vie d’un sujet donné, seule une étude statistique a une signification.

16/05/2009

Déformation crânienne et os lambdoïdes




Les pratiques consistant à appliquer des contraintes mécaniques sur les os de la voûte du crâne des enfants pour leur donner une conformation particulière variable selon chaque ethnie sont regroupées sous le nom de «déformations crâniennes». Par ailleurs, il existe de façon inconstante et avec une fréquence variable dans les groupes humains, des os surnuméraires dans les sutures crâniennes notamment au niveau lambdoïde. Pour plusieurs auteurs, les déformations crâniennes induiraient la formation d’un nombre plus élevé d’os suturaux, à partir notamment d’étude expérimentales chez des rongeurs. Les études dans les populations anciennes ont donné des résultats contradictoires.
C. Wilcziak et Coll (American Journal of Physical Anthropology 2009 on line pre print) ont étudié le lien entre les os lambdoïdes et les déformations crâniennes d’une série de crânes d’un site du Nouveau-Mexique (130-1680 AD).
Ils ont analysé 68 crânes normaux et 49 crânes déformés (40 déformations occipitales et 9 déformations lambdoïdes). Ils ont corrélé le type, l’importance de la déformation et son caractère symétrique ou non avec le nombre et la localisation des ossicules lambdoïdes. La seule corrélation positive a été observée entre les déformations asymétriques gauche et le nombre d’ossicules à droite mais cela pourrait être un effet d’échantillon.
Le débat reste ouvert et, comme le concluent les auteurs, des études portant sur des populations génétiquement homogènes avec des effectifs importants, notamment pour les ossicules avec faible prévalence, restent à faire.

01/04/2009

Scythes et monte à cheval


Les peuples cavaliers ont régné sur des territoires immenses. Les Scythes en furent parmi les plus célèbres. La pratique depuis le plus jeune âge de la monte à cheval est susceptible de laisser des marques durables sur le squelette, au delà des classiques jambes en parenthèses (genu varum) popularisées par les bandes dessinées d’un célèbre cowboy !!
E. Wentz et Coll ont publié l’étude paléopathologique de deux squelettes datés de 350 BC découverts dans un tumulus royal dans le Sud de l’Ukraine (International Journal of Osteoarchaeology 2009; 1:107-115). Ces squelettes sont mal conservés avec la moitié environ d’un squelette très altéré d’un adulte d’environ 25 ans et le tiers d’un adulte mature. Les marqueurs osseux retenus par les auteurs comme témoignant d’une pratique intensive de l’équitation sont notamment la présence sur les quelques vertèbres conservées de lésions arthrosiques et de nodules de Schmorl (hernies intra-spongieuses vertébrales). Les auteurs appuient leur hypothèse sur le fait que dans une population paléoindienne nord-américain consommant des chevaux mais ne les ayant pas domestiqué qu’ils ont étudié et dont ils présentent les résultats, les nodules de Schmorl sont rares (5% pour 38 sujets). Par ailleurs, une asymétrie des crêtes interosseuses postérieures des tibias d’un sujet serait les conséquences de montée et descentes fréquentes de cheval, des séquelles de fractures seraient liées des chutes de cheval et une asymétrie des ulnas, à l’usage de l’arc chez le sujet âgé.
Même si il est tout à fait possible qu'effectivement ces restes appartiennent à des sujets ayant pratiqué intensément la monte à cheval, les arguments mis en avant sont légers. Cette étude me semble illustrer le danger d’un raisonnement circulaire pour l'étude de marqueurs d'activités. Ce sont des Scythes, les Scythes montaient à cheval et tiraient à l’arc donc toutes les constatations anatomiques et pathologiques sur deux squelettes même très incomplets sont liées à leur mode de vie supposé. Ainsi, les nodules de Schmorl que l’on peut rencontrer chez bien des adolescents aujourd’hui, en particulier en cas d'activité physique intense (gymnastes), ne peuvent être mis en relation aussi directe avec la pratique équestre.
Une étude bien plus précise de marques osseuses de la pratique équestre sur le squelette d’une femme découvert dans une sépulture Hunnique, travail malheureusement non cité par les auteurs, avait été publiée par J Blondiaux (A propos de la Dame d’Hochfelden et de la pratique cavalière : in La femme pendant le Moyen âge et l’Epoque moderne : Dossier de documentation archéologique N° 17, 1994, CNRS édit, 97-110).