21/05/2009

Chondrocalcinose et ambiguité terminologique


Lorsque les terminologies médicales francophones et anglophones diffèrent pour une même affection, il suffit de les traduire. Plus difficile est la situation où un terme médical recouvre des entités proches mais non superposables selon les auteurs. C’est le cas pour les mots chondrocalcinose et chondrocalcinosis.
La chondrocalcinose est une arthropathie métabolique fréquente du sujet âgé caractérisée par l'infiltration par des cristaux de pyrophosphate de calcium des (fibro-) cartilages (typiquement du ligament triangulaire du carpe et des ménisques) et pouvant se traduire cliniquement par des poussées inflammatoires articulaires. Sa traduction en chondrocalcinosis avec pour synonyme « calcium pyrophosphate dihydrate disease » recouvre la même définition que pour les francophones.
Il semble que certains auteurs anglophones regroupent sous ce terme toutes les calcifications acquises de tissus myo-ligamentaires avec des causes multiples qui vont de la simple dégénérescence discale à l’acromégalie en passant par la chondrocalcinose strictu senso.
Ainsi, un article de S Mays et coll (International journal of Osteoarchaeology 2009 , 19 : 39-46) illustre cette ambiguîté terminologique. Il y est présenté un cas de «chondrocalcinosis » avec des calcifications intervertébrales associées à des lésions arthrosiques sévères des deux épaules, à des calcifications tissulaires d’origine inconnue car découvertes dans les sédiments, à des lésions fémorales (mais avec une manifeste ostéochondrite fémorale donc survenue dans l’enfance) et à des ostéophytes assez banaux. Les auteurs discutent les différentes étiologies possibles pour ce cas selon ce concept élargie «chondrocalcinosis» en particulier une ochronose sans pouvoir conclure d’autant que les études physico-chimiques des calcifications, dont la provenance peut être très diverse, n’ont rien donné. Cette discussion n'a pas de sens si on adopte la définition classique de la chondrocalcinose.
Il est donc très important de se méfier des différences terminologiques en paléopathologie, de bien déterminer le sens attribué à des syndromes et maladies par les différents auteurs, comme il faut se méfier des «faux-amis» en langue anglaise.

17/05/2009

Cribra orbitalia et hyperostose porotique crânienne


En paléopathologie comme dans bien des domaines, il y a des sujets qui sont périodiquement traités sans qu’aucune conclusion définitive ne puisse être portée. C’est le cas des facteurs déterminant la présence de cribra orbitalia, cet aspect microporeux orbitaire, et de l’hyperostose porotique qui est le même type de lésion mais sur la voûte crânienne. PH Walker et Coll proposent une mise au point bibliographique sur ce sujet (American journal of Physical Anthropology 2009, pre print on line). Par une analyse exhaustive de la littérature (5 pages et demi de références), ils décrivent les différents aspects lésionnels et s’attachent à analyser tous les facteurs étiologiques qui ont été évoqués par les différents auteurs.
Ils discutent le rôle des différents facteurs étiologiques à la lumière des données archéologiques, historiques et bioanthropologiques des populations des Pueblos des Etats-Unis.
A partir de ces données, leur conclusion est que ces deux lésions ne sont pas liées à des anémies ferriprives (carence en fer) mais résultent d'une conjonction de facteurs : carences nutritionnelles, états sanitaires médiocres, infections notamment intestinales, pratiques culturelles avec des accès variables selon les sujets aux moyens de subsistance. Le mécanisme physiopathologique serait une hyperplasie médullaire secondaire à des anémies mégalobastiques qui seraient donc les responsables directs de ces aspects de cribra orbitalia et d’hyperostoses porotiques. Ces anémies résulteraient de carences en Vitamine B12 chez les mères, aggravées chez l’enfant par une alimentation carencée et des infections digestives.
Les auteurs, par une déduction quelque peu audacieuse, indiquent que les carences en B12 ayant des conséquences neuropsychiques, cela pourrait avoir contribué à l’existence de l'importante violence interpersonnelle et de l’anthropophagie décrites dans les populations des Pueblos qui présentent fréquemment de telles lésions osseuses !

16/05/2009

Déformation crânienne et os lambdoïdes




Les pratiques consistant à appliquer des contraintes mécaniques sur les os de la voûte du crâne des enfants pour leur donner une conformation particulière variable selon chaque ethnie sont regroupées sous le nom de «déformations crâniennes». Par ailleurs, il existe de façon inconstante et avec une fréquence variable dans les groupes humains, des os surnuméraires dans les sutures crâniennes notamment au niveau lambdoïde. Pour plusieurs auteurs, les déformations crâniennes induiraient la formation d’un nombre plus élevé d’os suturaux, à partir notamment d’étude expérimentales chez des rongeurs. Les études dans les populations anciennes ont donné des résultats contradictoires.
C. Wilcziak et Coll (American Journal of Physical Anthropology 2009 on line pre print) ont étudié le lien entre les os lambdoïdes et les déformations crâniennes d’une série de crânes d’un site du Nouveau-Mexique (130-1680 AD).
Ils ont analysé 68 crânes normaux et 49 crânes déformés (40 déformations occipitales et 9 déformations lambdoïdes). Ils ont corrélé le type, l’importance de la déformation et son caractère symétrique ou non avec le nombre et la localisation des ossicules lambdoïdes. La seule corrélation positive a été observée entre les déformations asymétriques gauche et le nombre d’ossicules à droite mais cela pourrait être un effet d’échantillon.
Le débat reste ouvert et, comme le concluent les auteurs, des études portant sur des populations génétiquement homogènes avec des effectifs importants, notamment pour les ossicules avec faible prévalence, restent à faire.

15/05/2009

Fractures de côtes


Il est banal de découvrir des cals de fractures de côtes en étudiant des squelettes. Leur prévalence dans les populations est cependant mal connue, peu d’études systématiques étant disponibles dans la littérature. L’intérêt de l’étude réalisée par V Matos dans une série d’un musée portugais (American Journal of Physical Anthropology, 2009 on line pre print) contribue à combler cette lacune.
L’auteur a examiné 197 squelettes de sexe et âge connus datant de la fin du 19° et du début du 20° siècle. Il a observé des cals de fractures de côte dans 23,9% des sujets et 2,6% des côtes conservées. Les côtes moyennes ( 5° à 8°) et plus généralement celles qui s’articulent avec le sternum (1 à 7) sont le plus souvent concernées avec une prédominance à gauche. Les fractures sont le plus souvent unilatérales et dans environ un cas sur 10 plusieurs côtes adjacentes étaient fracturées.
Il existe une prédominance masculine modérée (environ 55% versus 45%), mais pas de prédominance nette d’une classe d’âge au décès.
Dans les autres études publiées dans la littérature, la prévalence varie de 5,2% à 31,3%, le taux de cette population récente portugaise se situe donc dans la moyenne de ces valeurs.
Enfin, l’auteur a corrélé les fractures de côtes et les causes de la mort et note que les décès par pneumonie sont associés aux fractures de côtes mais la fiabilité des diagnostics médicaux il y a plus d’un siècle sont largement sujets à caution, à mon avis.

12/05/2009

Pseudopathologie et insectes


Les lésions post mortem dans les sédiments ou lésions taphonomiques peuvent donner un aspect pseudopathologique. Celles provoquées par des rongeurs sur des os sont bien connues. Le rôle des insectes et en particulier des hyménoptères était mal connu jusqu’au travail de E. Pittoni (International Journal of Osteoarchaeology 2009 19 : 386-96.). En étudiant les squelettes d’une nécropole de Sardaigne d’époque romaine : Pill’e Matta, l’auteur a constaté la présence de perforations et d’érosions sur les os de 45 des 72 sujets. Les lésions touchaient notamment les os longs et les os plats de la voûte crânienne. Leurs diamètres allaient de 4 à 8 mm.
La responsabilité de guèpes de l’espèce Philantum triangulum qui construit des galeries dans le sol (et se nourrit d’abeille) et d’Halictidae (abeilles solitaires) dans la formation de ces lésions est établie par la constatation au cours des fouilles de la capacité de ces insectes à pénétrer dans ces tombes, par la similarité des diamètres des lésions osseuses et des galeries des insectes et par la découverte de larves. Par ailleurs, les tombes les plus profondes (2 mètres) étaient indemnes, ce qui correspond aux modes de vie de ces insectes. La perforation des os était facilitée par leur mauvais état de conservation dans cette nécropole qui altérait leur résistance.
L’auteur termine ce très intéressant article par la présentation de plusieurs cas démonstratifs.

09/05/2009

Hyperostose frontale interne en Hongrie


L’hyperostose frontale interne (HFI) est une ossification périostée survenant chez l’adulte à la face endocrânienne du frontal et qui peut s’étendre vers les pariétaux et les temporaux. Bien connues en médecine comme une découverte fortuite radiologique, chez l’adulte avec une incidence qui augmente avec l’âge, sans aucune signification étiologique précise ni conséquence clinique et thérapeutique, les HFIs ont fait l’objet de nombreuses publications en paléopathologie. Cela s’explique notamment par le fait que l’examen visuel des crânes permet, au moins quand ils sont fragmentés, de diagnostiquer aisément ces lésions. Plusieurs classifications ont été proposées pour tenir compte de l’importance variable du développement de l’HFI.
T. Hadju et coll ont recherché systématiquement les HFIs dans une importante collection de 803 crânes d’adultes provenant de plusieurs séries archéologiques hongroises datant de l’âge du Bronze au 17° siècle (Homo, Journal of Comparative Human Biology, 2009 sous presse).
Leur étude a consisté à étudier tous les crânes dont la partie endocrânienne était examinable visuellement (avec donc une fracturation de la voûte). Ils ont observé 15 cas chez les hommes et 5 cas chez les femmes soit une prévalence totale de 2,5%.
L’hétérogénéité de cette collection et la faible prévalence des HFIs rendent difficiles l’analyse de la variation dans l’espace et dans le temps en Hongrie. Cette publication à l’intérêt de fournir le taux de prévalence globale dans une série numériquement très importante mais aussi de proposer une bonne revue de la littérature sur les Hyperostoses Frontales Internes.

08/05/2009

Mirko D. Grmeck (1924-2000)


Ce chercheur au destin exceptionnel était un grand historien de la médecine notamment antique, il a développé en paléopathologie le concept de "Pathocénose" : état d'équilibre des maladies à un moment donné de l'histoire dans une société donnée.
D’origine croate, il s’engagea à 18 ans dans la résistance puis dans les Forces alliées. Il entreprit ensuite des études de médecine à Zagreb et choisit de se consacrer à la recherche sur l’histoire de la médecine. Il fonda l’Institut d’histoire des sciences de Zagreb et dirigea la première Encyclopédie de la médecine.
Il s’installa à Paris en 1963 où le Collège de France lui confia le classement des notes de Claude Bernard, dont il devint le spécialiste internationalement reconnu. Naturalisé français en 1967, il prit la direction d'une monumentale Histoire de la pensée médicale en Occident, pour laquelle il constitua une équipe interdisciplinaire internationale de médecins et biologistes, historiens et sociologues, philologues et philosophes.
Il a terminé sa carrière universitaire comme directeur d'études en histoire des sciences biologiques et médicales à l'École Pratique des Hautes Etudes qu'il avait intégré depuis 1972.
Pour les paléopathologistes, son livre « Les maladies à l’aube de la civilisation occidentale » (Payot éditeur) dans lequel il a développé son concept de Pathocénose est une base de réflexion majeure.
Parmi ses autres ouvrages il faut connaître notamment:
- Mille ans de chirurgie en Occident (1966).
- Histoire du sida (Payot, 1989, 1995).
- La Première Révolution biologique (1990).
- les Maladies dans l’art antique (1998).

26/04/2009

fractures de parade du cubitus (parry fracture)


Les fractures de parades de l’avant-bras («parry fracture») sont définies comme des fractures isolées de la diaphyse du cubitus. Elles sont attribuées à un choc direct sur un avant-bras levé au dessus de la tête pour la protéger d’un coup porté par un agresseur. Dans cette position, le bord de la diaphyse cubitale est directement exposé au choc et peut être ainsi fracturé alors que le radius reste intact.
MA Judd a réévalué ce diagnostic à partir de l’étude d’une série de l’âge du Bronze nubien datée de 2500-1500 BC (Journal of Archaeological Science 2008 35 : 1658-1666). 38 fractures de l’avant bras ont été colligées. L’auteur a analysé les types de fractures possibles des os de l’avant-bras et propose que soient retenues comme fractures de parade du cubitus celles qui répondent à 4 critères : absence de fracture radiale associée, fracture linéaire transversale, localisation près du milieu de la diaphyse et faible déplacement des fragments.
Il est cependant difficile de différentier les fractures de fatigue (stress fractures) liées à des activités physiques soutenues. Ces fractures ont un alignement conservé des fragments osseux, une petite réaction périostée fusiforme au niveau de la lésion qui se situe à la jonction tiers moyen–tiers distal de la diaphyse. Ces fractures de fatigue sont rares actuellement et qu’elle surviennent après des sollicitations mécaniques soutenues chez des sujets peu entrainés (ex fracture du tibia jeune soldat).
Dans la série étudiée, 21 des 28 fractures du cubitus répondent aux critères des fractures de parade. Les blessés étaient en majorité des hommes et il existaient peu de fractures perimortem donc de sujets décédés après un traumatisme. Cependant, 6 cubitus avaient des fractures de parade de morphologies également compatibles avec des fractures de fatigue ce qui montre la difficulté de trancher entre les deux diagnostics.

25/04/2009

Ostéoporose dans l'Egypte antique


L‘ostéoporose a longtemps a été considérée comme absente dans les populations du passé dont l’espérance de vie était faible et qui étaient considérées comme physiquement tellement actives qu’il ne pouvait exister de déminéralisation avec l’âge. Des études histologiques confirmaient ce fait selon certains auteurs. Depuis quelques années, plusieurs auteurs dont S Mays en Grande-Bretagne et l’auteur de ce blog en 2001 et 2008 (http://bertrand.free.fr/publications.htm), ont publié des études par absorptiométrie de populations médiévales démontrant une déminéralisation post-ménopausique chez les femmes identique à actuellement.
Une nouvelle étude a été réalisée sur des squelettes égyptiens de la nécropole de Giza (2687-2191BC) par ME Zaki et coll (International Journal of Osteoarchaeology 2009 ; 19 : 78-89). L’échantillon comprenait 74 sujets (43 H/31F) de deux classes sociales différentes : notables (24H/15F) et ouvriers (19H/16F), classés en 5 classes d’âge au décès. Les auteurs ont analysé la minéralisation par absorptiométrie et la microarchitecture osseuse par microscopie électronique. Pour les auteurs, il existe une déminéralisation croissante avec l’âge dans les deux sexes. L’ostéopénie et l’ostéoporose seraient plus marquées chez les hommes dans le groupe ouvriers et chez les femmes dans le groupe notables. Ce résultat est interprété comme en relation avec dans le premier cas, des stress nutritionnels et des travaux pénibles et, dans le second cas, par une sédentarité des femmes de notables.
Cette étude pêche par de nombreux points méthodologiques. Notamment, les effectifs sont trop faibles pour chaque sous groupe pour être exploité (même si ils sont testables statistiquement, il n’en sont pas pour autant biologiquement valable). Ainsi, il n’existe que 6 hommes et 7 femmes de plus de 50 ans, toutes séries confondues.
La conclusion semble d'ailleurs en elle-même peu crédible. Les femmes d’ouvriers auraient donc été à la fois mieux nourries et raisonnablement active leur permettant d’éviter une hypominéralisation carentielle dans l'enfance et l'ostéoporose post-ménopausique. La déminéralisation par conjonction de carence dans l’enfance et d’une hyperactivité chez l’homme n’est pas démontrée chez le sujet actuel, seule une étude réalisée en Inde de 1996 avait émis l’hypothèse de son existence.
A noter, l’absence de présentation des résultats des groupes séparés ne permettant pas d’apprécier les effectifs par sites et classe d’âge,de nombreuses erreurs dans la mise en forme (Tableau 1 avec intitulés erronés, inversion des figures a et b).
Une étude portant sur des effectifs plus importants avec une méthodologie rigoureuse est souhaitable.

21/04/2009

Microstries dentaires et nutrition des paléo-indiens d’Alaska


Les dents se strient sous l’effet mécanique des constituants du bol alimentaire. Les alimentations à base de viande donnent des stries différences de celles à base de végétaux. S. El-Zaatari (Journal of Archaeological Science 2008 35 : 2517-22) a étudié deux populations archéologiques de Point Hope en Alaska, des Ipiutaks (100BC-500AD) et des Tigaras (1200-1700AD), provenant de sites fouillées vers 1940 et les a comparé à des populations paléo-indiennes Aleut et Arikara. Les Ipiutaks étaient des chasseurs de caribous et les Tigaras étaient essentiellement des chasseurs de baleines, alors que les Aleuts consommaient poissons, coquillages et phoques et que les Arikaras avaient une alimentation basée sur les céréales et la chasse (bison, antilopes..).
Les molaires des Ipiutaks présentent moins de microstries dentaires, de micropuits et sillons que celles des Tigaras. La morphologie des stries dentaires des Aleuts diffère de celles de ces deux groupes. Enfin, les dents des Arikaras, dont l’alimentation était mixte, présentent moins de microstries, puits et sillons que ces trois populations.
Cette étude confirme en tous points les données archéologiques et illustre l’intérêt de l’analyse des microstries dentaires pour la paléonutrition qui avait été montré dès 1981 par PF Puech, paléo-odontologiste français (travail cité par l'auteur).

15/04/2009

Caries dentaires au Portugal au 19° siècle


La bonne conservation archéologique des dents en fait une source précieuse d’informations paléo-odontologiques. Une des difficultés rencontrées est la rareté des séries de références bien documentées pour établir des comparaisons entre des populations passées et actuelles en Europe. L’étude menée, en collaboration notamment avec S. Hillson qui fait autorité en paléo-odontologie, par S.N. Wasterlain (American Journal of Physical Anthropology 2009 disponible on line pre print) va contribuer à combler cette lacune.
Les auteurs ont étudié les caries et les pertes dentaires ante mortem dans la série de squelettes du 19° siècle de Coimbra au Portugal, pour laquelle on connait l’identité et l’activité professionnelle de chaque sujet. Ils ont analysé 600 individus et plus de 9500 dents. Les constatations principales sont l’absence dans cette population de variation sexuelle importante bien que les dents supérieures soient plus atteintes chez les femmes, l’augmentation de la prévalence des caries avec l’âge, une atteinte préférentielle des secteurs prémolaires et molaires et des surfaces occlusales. Le parodonte n’est pas corrélé aux caries.
Les auteurs ont principalement comparé leurs résultats avec ceux provenant des études de séries du Kenya (Manji, 1989) et de Chine (Lian, 1989). De grandes similitudes de prévalence en terme de dents atteintes, progression avec l’âge sont notées avec ces populations. En revanche, les pertes ante mortem sont plus fréquentes dans la série portugaise.
Les auteurs n’ont pas exploité les données épidémiologiques concernant la situation sociale des sujets. Ils n’ont pas été en mesure de comparer leurs résultats aux données actuelles au Portugal, en cours de récolte.
Les résultats obtenus sont assez classiques dans les populations ayant un accès réduit aux soins mais l’importance numérique de cette série en fait une incontournable référence statistique pour les études paléo-odontologiques à venir.

12/04/2009

Scanners et momies


L'imagerie médicale moderne et notamment les scanners 3D sont de plus en plus utilisés pour l'étude anthropologique et paléopathologique des momies. O'Brien et Coll (International Journal of Osteoarchaeology 2009; 19: 90–98) ont analysé 31 articles contenant des études scannographiques de momies publiés de 1979 à 2005. Ils ont établi une grille d'analyse intégrant à la fois la formation technique des auteurs (radiologues ou non), des critères méthodologiques et le contenu scientifique (résultats et conclusions) des articles. Ils relèvent notamment l'absence de radiologues parmi les signataires des articles 26% des cas. Les protocoles scannographiques utilisés ne sont indiqués que dans 67% des travaux. La plupart des scanners n'ont pas été effectués pour une problématique préalable, c'est à dire que l'imagerie était à l'origine de la démarche scientifique et n'était pas utilisée pour vérifier une hypothèse. Les scanners ont été effectués pour étudier les procédés de momification (74%) et/ou pour une étude paléopathologique (58%).
Les conclusions des articles font appel aux données scannographiques dans 84% des cas mais sans que cela concorde nécessairement avec les buts initiaux de l'étude (36%) et apporte des réponses précises à un questionnement préalable (32%). En appliquant un système d'évaluation du contenu scientifique, les auteurs estiment que les conclusions proposées reposent sur un argumentaire scientifique faible dans 61% des cas.
Les auteurs concluent à la nécessité que les études scannographiques des momies soient réalisées avec une problématique et des hypothèses clairement établies au préalable. Ils proposent que soient définis des protocoles d'étude avec des scanners corps entiers suivis d'études focales d'organes selon des protocoles adaptés. Les équipes, enfin, doivent associer aux anthropologues et paléopathologistes des radiologues dont certains peuvent avoir notamment une compétence particulière dans l'imagerie musculo-squelettique, ce qui est le cas d'au moins un des auteurs de l'article, le Pr RK Chhem.

09/04/2009

Robert Wilson Shufeldt

Robert Wilson Shufeldt (1850-1934) était le fils d’un amiral des Etats-Unis. Il fit d’abord une carrière militaire qui l’amena, pendant la guerre de Sécession, à servir sous les ordres de son père dans la marine. Il fit ensuite des études de médecine puis demanda être affecté dans les zones de l’Ouest: Fort Laramie dans le Wyoming. En raison de problèmes cardiaques, il prit une retraite anticipée et se consacra à des travaux ornithologiques dans le Sud-Ouest des Etats-Unis. Scientifique passionné, il est l’auteur de plus de 1100 articles sur la faune des Etats-Unis. Il est enterré dans le cimetière des vétérans d’Arlington.
L’article («Notes on palaeopathology» dans le journal de vulgarisation scientifique Popular Science Monthly 1893 42, 679–684), dans lequel, le premier, il emploie le mot Palaeopathologie est très court. Il y décrit des séquelles de fractures sur des os d’oiseaux. Il définit le mot «Palaeopathology» (palaeo : ancien et pathos : souffrance comme le «terme désignant toutes les maladies ou conditions pathologiques trouvées fossilisées sur des restes d’animaux d’espèces éteintes ou fossiles».
Ce sera sa seule contribution à la paléopathologie qui ne se développera qu’avec les travaux du chercheur franco-anglais Marc Armand Ruffer.


Marc Armand Ruffer (1859-1917), le premier paléoparasitologue


Marc Armand Ruffer est né à Paris en 1859. Sa famille, originaire de Lyon, immigra en Grande- Bretagne. Il étudia la médecine à Oxford puis à Londres et s'orienta vers la bactériologie. Il fut l'élève de Pasteur et de Metchnikoff à Paris. Il dirigea l'Institut Britannique de Médecine Préventive puis, en 1893 pour des raisons de santé, il accepta la chaire de bactériologie à la faculté du Caire. Il jouera un rôle majeur dans l'organisation de la lutte contre les épidémies de choléra et de peste comme responsable du bureau des quarantaines d'Egypte et délégué de l'Egypte dans les Conférences internationales sur les quarantaines.

Il fut l'un des premiers à pratiquer des autopsies sur des momies. En 1909, il décrivit des oeufs de bilharzies présents dans les reins de deux momies contemporaines de la XXe dynastie (1250-1085 av. J.-C.) (Note on the presence of "Bilharzia haematobia" in Egyptians mummies of the Twentieth Dynasty). En 1910, en autopsiant la momie de Nesperenhep, prêtre d'Amon qui avait vécu en 1000 av. J.-C., il découvrit un mal de Pott avec un abcès du psoas, démontrant ainsi que la tuberculose était présente dans l'Egypte ancienne. Il effectua de nombreuses autopsie de momies, décrivit des cas de nanisme et fut le premier à diffuser le terme de "Palaeopathologie". Il fut anobli et mourut à l'âge de 57 ans en 1917, lors du torpillage devant Salonique, du navire qui le transportait.

Il est considéré comme le fondateur effectif de la paléopathologie, même si le terme avait été inventé avant lui par RW Shufeldt, et de la paléoparasitologie.

08/04/2009

Eléments trace, caries et tartre

Le Strontium (Sr) et le barium (Ba) sont des éléments-traces utilisés en paléonutrition. Les produits de la mer sont pauvres en Ba. Le rapport Ba/Sr est utile pour apprécier la part relative d'aliments issus de la pêche dans l'alimentation des populations côtières. M Arnay-de-la-Rosa et Coll ont confronté les données Sr et Ba, aux taux de caries dentaires et de dents présentant des dépots de tartre d'une population inhumée au 18° siècle dans l'Eglise de La Conception à Ténérife aux îles Canaries (Journal of Archaeological Science 2009;36:351-358).
Ces sépultures correspondait à deux groupes sociaux : les plus aisés étaient inhumés auprés de l'autel, les autres, à distance.
Les sujets les plus aisés avaient les taux les plus forts de caries et de calculs, témoignant, selon les auteurs, d'une alimentation plus riche notamment en hydrates de carbone. Parmi l'autre groupe, certains sujets appartenant probablement à des familles de pêcheurs semblait avoir eu une alimentation plus riche en poisson. Cependant, les proportions et les taux de Ba et Sr ne sont pas en faveur d'une importante consommation de poisson dans l'ensemble de cette population.
Cette étude montre l'intérêt d'associer aux dosages des éléments-traces, d'autres paramètres bioarchéologiques comme les données paléo-odontologiques.

06/04/2009

Spina bifida avec méningocèle sur une momie égyptienne


Les anomalies de fermeture du tube neural au niveau caudal sont à l'origine des spina bifida. Il est fréquent de découvrir sur des radiographies des spina bifida occulta qui sont seulement l'absence d'un ou plusieurs arcs postérieurs du sacrum et ont rarement des conséquences fonctionnelles. Beaucoup plus graves sont les spina bifida aperta où l'absence de mur postérieur vertébral lombo-sacré entraîne une hernie méningée avec, dans les formes les plus graves, une invagination dans la poche méningée de racines nerveuses. Ces dernières formes ont des conséquences neurologiques majeures et sont souvent létales à court ou moyen terme.
R. Boano et Coll ont publié l'étude exhaustive d'un cas observé sur une momie naturelle égyptienne d'un enfant de 6 mois provenant du site d'Asiut, fouillé au début du 19° siècle, et daté de 4000 BP environ (European Journal of Paediatric Neurology 2009; 30, 1-7). Ces auteurs ont étudié la déhiscence osseuse par scanner 3D et une examen histologique a confirmé l'extériorisation du tissus méningé dans la poche sous cutanée.
Ce cas est tout à fait exceptionnel et cette étude bien documentée est associée à une importante bibliographie sur les spina bifida en paléopathologie.

02/04/2009

Traitement par le mercure au Moyen age

Les textes historiques indiquent que les traitements de la lèpre et la syphilis au Moyen âge reposaient sur des médicaments à base de mercure (sulfate de mercure), utilisé aussi comme colorant pour la couleur rouge dans les enluminures des manuscrits. Ce minéral très toxique a une haute affinité pour les tissus dont les os. Rasmussen et Coll (Journal of Archaeological Science 2008;35 :2295-2306) ont analysé les taux de mercure dans des ossements humains médiévaux danois conservés dans des musées et provenant de 6 sites.
Ils ont analysé des squelettes présentant des lésions de lèpre ou syphilis et aussi un type de lésion jamais décrite en paléopathologie qu’ils ont nommé « Focal Osteolytic Syndrome » (FOS). Des squelettes de moines ont également été analysés, car certains pouvaient avoir été en contact avec le mercure en préparant les traitements et d’autres, en réalisant des enluminures.
Les auteurs ont démontré que le mercure ne provenait pas du sol et qu’il n’y avait pas de diagenèse significative.
Pour les syphilitiques, un taux élevé a été retrouvé dans 40% des cas. Pour les lépreux, ce taux est de 79%. Aucun cas de FOS n’a de taux élevé de mercure qui ne devait donc pas être utilisé pour le traitement de cette affection. Parmi les moines, dans un seul site, 5 ont des taux élevés qui pourraient correspondre à des absorptions passives avec l’encre des enluminures ou la préparation des traitements.
Ces résultats sont en accord avec les données historiques car si une partie seulement des syphilitiques était traitée par des vapeurs de mercure, tous les lépreux l'étaient et il était probable qu’une exposition passive au mercure était fréquente au Moyen âge.

01/04/2009

Scythes et monte à cheval


Les peuples cavaliers ont régné sur des territoires immenses. Les Scythes en furent parmi les plus célèbres. La pratique depuis le plus jeune âge de la monte à cheval est susceptible de laisser des marques durables sur le squelette, au delà des classiques jambes en parenthèses (genu varum) popularisées par les bandes dessinées d’un célèbre cowboy !!
E. Wentz et Coll ont publié l’étude paléopathologique de deux squelettes datés de 350 BC découverts dans un tumulus royal dans le Sud de l’Ukraine (International Journal of Osteoarchaeology 2009; 1:107-115). Ces squelettes sont mal conservés avec la moitié environ d’un squelette très altéré d’un adulte d’environ 25 ans et le tiers d’un adulte mature. Les marqueurs osseux retenus par les auteurs comme témoignant d’une pratique intensive de l’équitation sont notamment la présence sur les quelques vertèbres conservées de lésions arthrosiques et de nodules de Schmorl (hernies intra-spongieuses vertébrales). Les auteurs appuient leur hypothèse sur le fait que dans une population paléoindienne nord-américain consommant des chevaux mais ne les ayant pas domestiqué qu’ils ont étudié et dont ils présentent les résultats, les nodules de Schmorl sont rares (5% pour 38 sujets). Par ailleurs, une asymétrie des crêtes interosseuses postérieures des tibias d’un sujet serait les conséquences de montée et descentes fréquentes de cheval, des séquelles de fractures seraient liées des chutes de cheval et une asymétrie des ulnas, à l’usage de l’arc chez le sujet âgé.
Même si il est tout à fait possible qu'effectivement ces restes appartiennent à des sujets ayant pratiqué intensément la monte à cheval, les arguments mis en avant sont légers. Cette étude me semble illustrer le danger d’un raisonnement circulaire pour l'étude de marqueurs d'activités. Ce sont des Scythes, les Scythes montaient à cheval et tiraient à l’arc donc toutes les constatations anatomiques et pathologiques sur deux squelettes même très incomplets sont liées à leur mode de vie supposé. Ainsi, les nodules de Schmorl que l’on peut rencontrer chez bien des adolescents aujourd’hui, en particulier en cas d'activité physique intense (gymnastes), ne peuvent être mis en relation aussi directe avec la pratique équestre.
Une étude bien plus précise de marques osseuses de la pratique équestre sur le squelette d’une femme découvert dans une sépulture Hunnique, travail malheureusement non cité par les auteurs, avait été publiée par J Blondiaux (A propos de la Dame d’Hochfelden et de la pratique cavalière : in La femme pendant le Moyen âge et l’Epoque moderne : Dossier de documentation archéologique N° 17, 1994, CNRS édit, 97-110).

31/03/2009

Décapitation romaine

La décapitation était une mort honorable dans l’Empire romain puisque réservée aux citoyens romains auxquels étaient évités les supplices comme la crucifixion. Des cas de décapitations avec l’aspect classique de vertèbres cervicales tranchées ont été plusieurs fois décrits en paléopathologie. En dehors de la décapitation-exécution, le combat pouvait être à l’origine d’une décapitation-traumatisme.
L’observation présentée par S. Sublini Saponetti et Coll ( Forensic Science International 2008, 176 : e11-16) concerne le squelette d’un adulte jeune découvert en Italie dans un cimetière daté du 5°-6° siècle à Canosa dans le Sud de l’Italie qui présente une lésion crânienne de décapitation accompagnée de lésions multiples traumatiques des membres. Les tibias ont des marques de blessure par flèche ou lance, les os de l’avant-bras gauche sont tranchés et correspondent probablement à un coup porté sur un bras levé pour se protéger.
La lésion du crâne associe une entaille de la mastoïde gauche, de la branche mandibulaire gauche et des deux premières vertèbres cervicales. La tête devait être donc presque détachée du cou. Cette quasi-décapitation résulte d’un coup porté violemment avec une arme très tranchante par un adversaire frappant latéralement.La surface du crâne présente des entailles superficielles très en faveur de l’enlèvement du scalp.
La période de décès de ce polytraumatisé correspond à la phase d’invasion de l’Italie par les peuples des steppes (Huns, Avars) et les lésions sont compatibles avec leur armement et leurs pratiques au combat.
Ce cas est un des rares témoignages bien documenté des combats menés lors des Invasions qui précipitèrent la chute de l’Empire romain .

Lignes de Harris du premier métatarsien


Les lignes de Harris sont des stries linéaires transversales observées de façon inconstante sur les radiographies d’os longs. De très nombreux travaux ont été consacrés à leur mode de formation. Elles correspondent à des arrêts transitoires de la croissance en longueur des os longs au cours de l’enfance. Ces lignes de Harris sont un phénomène physiologique, la croissance n’étant jamais continue, et elles peuvent apparaître chez des enfants en bonne santé. Cependant, il a été aussi bien montré que les agressions (stress au sens anglo-saxon) de toute nature ex : traumatisme, maladies infectieuses, intoxications sont souvent accompagnées de la formation de lignes. Ces lignes de Harris s’inscrivent dans le phénomène physiologique très dynamique des remaniements osseux au cours de la croissance et de la vie et peuvent donc disparaître. L'hypothèse conceptuelle de leur étude est qu'un nombre de ligne de Harris élevé dans une population témoignerait de conditions socio-économiques plus précaires que dans une autre où ces lignes seraient moins fréquentes.
Les lignes de Harris ont surtout été étudiées principalement sur des tibias. Des études ont montré une grande variation inter et intra-observateur du nombre de lignes de Harris observées pour le tibias, os par ailleurs parfois mal conservé, conduisant à une remise en cause de l'intérêt de les étudier .
L’auteur de ce blog vient de publier une étude portant sur l’intérêt d’utiliser le premier métatarsien au lieu du tibia (Open Anthropology journal 2009; 2: 36-39). Cet os plus petit et robuste est souvent très bien conservé. La variation inter et intra-observateur et entre des paires d’os pour le décompte des lignes de Harris n’est pas significative.
Il apparaît donc qu’il peut être plus intéressant de radiographier des séries de premiers métatarsiens que de tibias pour étudier les lignes de Harris dans une population, car on obtient des effectifs importants avec en plus un coût réduit compte tenu de la taille de l’os. Il reste cependant des inconnues et des doutes sur le concept même des lignes de Harris comme marqueur de stress et d’autres études seront nécessaires pour valider la signification des lignes de Harris du premier métatarsien.
Ce travail est téléchargeable en cliquant sur le titre de ce texte.