07/11/2009

Blessure par projectile tranchant chez un néandertalien


Les lésions osseuses secondaires à un jet d'arme tranchante, lance ou flèche, sont communes dès le Néolithique. Pour le Paléolithique supérieur elle sont rares et aucune n'avait été décrite pour les périodes plus anciennes. S.E. Churchill et Coll (Journal of Human evolution 2009, 57: 163-178) ont étudié une lésion costale présente sur un squelette de Néandertalien découvert à Shanidar en Irak dans les années 60. Ils ont constaté que cette côte était fracturée avec une perte de substance en forme de sillon bordé d'exostoses. Cette entaille pouvait être consécutive à une blessure provoquée par un projectile qui s'est fiché dans l'os et l'a fracturé.
Pour étayer cette hypothèse, les auteurs ont réalisé de très intéressantes études expérimentales d'impact osseux de projectiles constitués notamment par des pointes moustériennes emmanchées projetés avec des puissances et des distances calibrées sur des porcs. Ils ont pu démontrer une similitude entre la lésion costale du squelette de Shanidar et celles provoquées avec des projectiles à faible énergie cinétique lancée à moyenne distance comme pouvait l'être des pointes moustériennes emmanchées. Il s'agit donc, selon ces auteurs, d'un très ancien exemple de violence inter personnelle avec arme chez des Néandertaliens.

05/11/2009

Scoliose congénitale


Les scolioses décrites en paléopathologie ont été le plus souvent acquises au cours de la vie et en rapport notamment avec des lésions tuberculeuses vertébrales (mal de Pott). Les scolioses congénitales, secondaires donc à une malformation d'un ou plusieurs corps vertébraux sont plus rares. L Kilgore et al (International Journal of Osteoarchaeology, 2009 sous presse on line) en décrivent un cas découvert chez un adulte inhumé dans le site nubien de Kulubnarti (AD 550-800).
Ce sujet adulte présente une scoliose à très forte angulation vers la droite dont le sommet est au niveau de la jonction dorso-lombaire. Il s'y associe une asymétrie des clavicules et des omoplates, des insertions musculaires des os coxaux et des fémurs. La marche ne devait être possible qu'avec l'aide d'une canne, et l'existence de conséquences viscérales, sur la fonction respiratoire notamment, est probable.
Cet exemple permet aux auteurs, à partir de la littérature médicale, d'exposer les différentes anomalies possibles de la formation des ébauches des corps vertébraux vers la 4° semaine embryonnaire et leurs conséquences sur la statique du rachis. L'anomalie la plus fréquente à ce stade est un défaut de segmentation qui entraîne la formation d'un bloc vertébral unissant deux vertèbres ce qui est très fréquent et sans conséquences biomécaniques le plus souvent. Les anomalies de formation d'une hémivertèbre peuvent entraîner, comme dans le cas présenté, un déséquilibre statique important avec des conséquences sur le squelette des ceintures et des membres.

11/10/2009

Traumatismes au cours de la vie


La principale difficulté de la paléotraumatologie n'est pas le diagnostic mais l'interprétation des lésions. L'épidémiologie des fractures est bien connue par tranches d'âge dans les populations modernes mais il s'agit de séries hospitalières avec donc un biais de recrutement. L'étude de M. Stein et Coll (International Journal of Osteoarchaeology 2009 sous presse on line) contribue à combler une lacune paléoépidémiologique pour les populations modernes. Les auteurs ont systématiquement recherché les lésions traumatiques dans trois séries ostéologiques: une série de grecs modernes, les sujets blancs et noirs de la Collection Dart en Afrique du Sud. Ils ont exclu, pour éviter un biais lié à un défaut de conservation, les os des mains et des pieds et le sternum. Le rachis a été exclu également à l'exception des spondylolyses et pour les crânes, seules les lésions de la voûte crânienne et de la mandibule ont été recherchées.
Ìls ont observé des prévalences de lésions traumatiques très variables. Chez les Grecs, 42% des hommes et 47% des femmes ont au moins une fracture, la valeur chez les Blancs d'Afrique du Sud est plus élevée chez les hommes (61% avec 41% pour les femmes). Dans la série des sujets noirs, les taux sont nettement plus élevés (hommes: 77%, femmes: 69%). La localisation des fractures diffère également. Ainsi les fractures du crânes sont rares dans les deux premières séries et plus fréquentes dans la dernière. Les fractures ostéoporotiques sont plus fréquentes dans la série grecque ( fémur, radius) alors que les séquelles de fractures par violence interpersonnelle prédominent dans la série des Noirs d'Afrique du Sud (crâne, ulna). Les fractures de côtes sont non spécifiques d'une étiologie, pouvant être ostéoporotiques ou séquellaires d'un coup reçu. Les auteurs proposent dans des tableaux détaillés la répartition topographique des fractures dans chaque série et selon le sexe.
La comparaison avec les rares autres études montre les grandes variations de prévalence selon le contexte socio-économique. Ainsi, dans autre une série de noirs d'Afrique du Sud ayant vécu en milieu rural et étudiée par les mêmes auteurs, le taux de fractures n'est que de 7% (E.N. L'Abbé et Coll International Journal of Osteoarchaeology 2007 17 492–503). Ainsi, la paléotraumatologie est un révélateur majeur des contextes dans lesquels vivent les populations.

09/10/2009

Evolution des germes de la tuberculose

Des lésions de tuberculose osseuse sont observées en paléopathologie depuis le Néolithique. L'évolution des connaissances microbiologiques avec le séquençage du génome de Mycobacterium tuberculosis et de ces variants a relancé le débat sur l'origine des deux variants pricipaux retrouvés dans les atteintes humaines : Mycobacterium bovis (MB) (fréquente en Europe par contamination alimentaire de lait de vache infectée avant la pasteurisation au 19° siècle) et Mycobacterium tuberculosis (MT) à tropisme pulmonaire et transmission aérienne. La notion ancienne dérive de MT à partir de MB avec la domestication du bétail au Néolithique a été battue en brèche par l'analyse du génome qui a montré que MT a une structure génomique faiblement dérivée d'une forme ancestrale et que MB est une forme ayant subi des mutations et donc plus récentes que MT.
AG Nerlich et Coll qui ont une expertise dans l'étude de l'ADN tuberculeux par méthode PCR en paléopathologie ont proposé une intéressante revue de ce problème (Interdisciplinary Perspective on Infecious disease 2009 ID 437187 open access). A partir d'une présentation des données de la littérature et de leur expérience, notamment sur des momies égyptiennes et des séries européennes historiques, les auteurs précisent que la tuberculose était présente depuis au moins 3200 BC avec une prévalence élevée.
La sédentarisation des populations abandonnant le mode de vie des chasseurs-cueilleurs pour une vie en village aurait été le facteur majeur d'extension et d'évolution microbiologique de la tuberculose. Ainsi, dans les séries égyptiennes, on observe dans les périodes pré-dynastiques (3500-2650 BC) essentiellement la forme ancestrale de Mycobacterium, au Moyen Empire (2050-1650 BC) il existe une dominance d'un autre variant M. africanum et dans les périodes les plus récentes (1500-500 BC) M.T prédomine. Aucun cas de MB n'est observé alors que ce variant est rencontré dans d'autre régions du monde comme la Sibérie vers 50 BC. Ces variations observées dans certaines régions au cours du temps méritent une analyse plus précise des facteurs environnementaux. Le nombre d'analyses génomiques des lésions tuberculeuses en paléopathologique reste cependant limité et leur multiplication devrait permettre de mieux appréhender l'évolution microbiologique de la tuberculose dans les populations anciennes.
Cet article peut être téléchargé en cliquant sur le titre de cette note.

04/10/2009

Traumas crâniens en Egypte gréco-romaine

Les traumatismes crâniens sont souvent recherchés en paléopathologie dans des études de sites militaires, de populations à culture guerrières comme les Scythes. La violence dans les autres populations est moins bien connue. M Erfan et Coll ( Research journal of Medicine and Medical Sciences 2009 4, 78-84) ont recherché systématiquement les séquelles de fractures sur 160 crânes provenant de la nécropole de basse Egypte d'époque gréco-romaine de Bahriyah, prés de Giza (332BC-AD 395).

Ils ont constaté la présence de séquelles consolidés de fractures sur 19,4% des crânes, avec une prévalence comparable chez les hommes et les femmes (18,6% et 20,6%). Les lésions sont localisées sur les os de la voûte avec une nette prédominance sur les pariétaux (65,9%). Les lésions les plus fréquentes sont des enfoncements crâniens donc provoqués par des armes contondantes (88,6% des cas) par rapport aux blessures par armes tranchantes.

Ces taux sont nettement plus élevés que ceux observés dans des époques antérieures en Egypte. Avec près d'un sujet sur 5, homme ou femme, ayant eu et surtout ayant survécu à une fracture du crâne au cours de sa vie à cette époque, ces auteurs nous donne un aperçu impressionnant de ce que pouvait être la violence au quotidien dans l'Egypte gréco-romaine.

03/10/2009

Les poux du Roi


Derrière la magnificence des palais et oeuvres artistiques de la Renaissance italienne se cachent les misérables soucis que les princes de ce temps partageaient avec le peuple. Dans un esprit résolument démocratique avant l'heure, poux du corps et du pubis (les "morpions" de nos chansons de carabins) se répandaient sur les nobles corps.
La momie de Ferdinand II d'Aragon, roi de Naples (1467-1496) mort du paludisme a été étudiée par G. Fornaciari et Coll (Mem Institut Oswaldo Cruz 2009 104, 1971-2). Les restes sont mal conservés mais les cheveux et poils ont pu être étudiés.
Ces auteurs ont mis en évidence la présence de lentes de poux (Pediculus capitis) dans les cheveux et des fragments de poux pubiens (Phtirius pubis) dans les poils. Il existait également des taux assez élevé de mercure dans les cheveux. Les auteurs rappellent que les sels de mercure étaient utilisés dans de nombreux traitement notamment pour ces parasitoses cutanées.
Ainsi, il faudra désormais que les acteurs faisant revivre, dans les films et reconstitutions historiques, cette magnifique époque de la Renaissance italienne n'oublient pas de se gratter ostensiblement cheveux et poils !

01/10/2009

Arsenic et vieux squelettes


L'arsenic, poison historique, est présent dans les sols et certains organismes vivants peuvent le concentrer. Des taux élevés ont été découverts dans le squelette d'un enfant de 5 ans du site mésolithique de Nivaagaard (5610-5770 BP) puis dans 8 autres squelettes mésolithiques de la même région du Danemark par KL Rasmussen et coll (J of Archaeological Science 2009 on line sous presse). Ces auteurs ont mené une étude très détaillée des sources possibles de cet arsenic. Ils ont recherché une origine alimentaire en dosant l'arsenic dans les restes de coquilles et d'os de ces sites. Il existait également des taux assez élevé d'arsenic dans les coquilles marines qui étaient une source essentielle de protéines pour ces populations avec même des taux très élevés dans certaines espèces. Cependant, l'arsenic étant peu toxique sous sa forme organique, le risque d'accumulation était limité et il ne pouvait d'ailleurs pas être rencontré à taux élevé de ce fait chez un jeune enfant. Dans les os de faune terrestre de ces sites, les taux étaient aussi élevés alors qu'ils ne consomment pas de coquilles marines. Par ailleurs, les taux d'arsenic étaient jusqu'à 15 fois moins élevés dans des squelettes mésolithiques, néolithiques et médiévaux d'autres sites danois.
Les auteurs expliquent la singularité de ces taux d'arsenic élevés dans ce site mésolithique danois par une pollution du sol par des produits d'entretien des rails d'une l
igne de chemin de fer proche du site qui, riches en arsenic, se sont infiltrés dans le sol et ont contaminé les restes animaux et humains par diagenèse.

Ostéo-archéologie- techniques médico-légales


Un ouvrage intitulé "Ostéo-archéologie et techniques médico-légales tendances et perspectives- Pour un "manuel pratique de paléopathologie humaine"" a été publié en 2008 sous la direction de Ph. Charlier aux éditions De Boccard. Il s'agit d'un travail collectif comprenant 65 contributions réparties en 44 chapitres, 21 "encadrés" pour un total de 684 pages. Il a été fait appel, outre au directeur de cet ouvrage qui signe ou co-signe 25 chapitres, à de nombreux auteurs paléopathologistes et paléoanthropologues français pour la plupart.
Les chapitres sont constitués soit d'exposés méthodologiques (ex: détermination de l'âge au décès), soit de présentation de l'état actuel des connaissances sur un sujet donné (ex: les tréponématoses) et les encadrés peuvent contenir également des exposés méthodologiques ou des présentations de cas individuels ou multiples visant à illustrer un chapitre.
Il s'y associe une riche bibliographie de 88 pages en fin d'ouvrage. Il s'agit d'une utile contribution dans la mesure où ce type d'ouvrage n'existait pas en français alors que plusieurs autres existent en langue anglaise. Toute chose étant perfectible, le contenu en est parfois hétérogène (la paléoparasitologie, encadré méthodologique de 2 pages, aurait mérité un chapitre) et certains chapitres méthodologiques manquent de schémas pour leur permettre d'être utilisés comme un "manuel" ( ex identification du sexe par la méthode de Bruzek).
Comme indiqué dans la préface de cet ouvrage, il s'adresse "aux professionnels et aux amateurs éclairés". Il sera certainement une base bibliographique très utile avant d'aborder une étude paléopathologique. On peut regretter un prix assez élevé qui risque d'en limiter la diffusion (80 euros et 8 euros de frais de port auprès de l'éditeur).

28/09/2009

Cimetière de bataille ou cimetière de garnison ?


L’interprétation de la documentation historique sur les sites archéologiques doit être confrontée aux données paléopathologiques pour être validée. Un site médiéval de Pologne (Giecz, 11°-12° siècles) est situé dans une zone de fortifications et de bataille. Le cimetière attenant était considéré comme contenant des restes de combattants. HM Justus et AM Agnew ont étudié la paléotraumatologie des 278 individus inhumés (Paleopathology Newsletter 2009 147 : 7-14).

La première contradiction par rapport à l’hypothèse initiale est d’ordre paléodémographique. La série adulte comporte en effet 65% d’hommes mais 35% de femmes et les enfants constituent 30% de l’effectif total.

Les auteurs ont observé la présence de lésions traumatiques létales peri mortem sur seulement 2 adultes avec une entaille du crâne pour l’un et de multiples blessures à l’arme blanche pour l’autre.

Bien qu’il y ait une dominance de sujets masculins, cette série ne correspond donc pas à un cimetière de combattants. Plusieurs hypothèses sont proposées pour expliquer ce fait : les combattants ont pu être inhumés dans des charniers ailleurs, la Pologne avait une période de paix relative lors de l’utilisation du cimetière. Cette prédominance masculine avec des familles est évocatrice d'une garnison en période de paix même si des affrontements individuels ou des escarmouches pouvaient se produire.

25/09/2009

Exostoses du canal auditif externe en Nubie

Des ostéomes, appelé communément exostoses, peuvent se développer à l’entrée du canal auditif externe au point de pouvoir quasiment l’obstruer. C’est une affection très fréquente chez les personnes ayant un contact fréquent avec l’eau comme les surfeurs. Les facteurs en cause sont le froid et l’action mécanique de l’eau. Ces exostoses sont donc considérées comme des marqueurs d’activités comprenant des immersions fréquentes. Leur étude dans les populations du passé permet d’appréhender la pratique d’activité de nage, de plongée.

K. Godde (International Journal of Osteoarchaeology 2009 sous presse on line) a étudié 744 crânes isolés provenant d’un site égyptien, Smethna South, situé le long du Nil entre la 2° et la 3° cataracte, et conservés aux Etats-Unis (Arizona). Cette série dont le sexe des sujets est indéterminé en l’absence du post-crânien est très étalée dans le temps (100 BC-1950 AD). Il existe 6 cas d’exostoses du conduit auditif externe. Le taux d’exostose dans cette série chronologiquement hétérogène est donc de 8 pour mille.

Les activités subaquatiques n’étaient probablement pas usuelles dans ces populations vivant sur les rives du Nil. L’auteur indique qu’elles tiraient leurs ressources essentiellement de l’agriculture et que ceux qui pêchaient le faisaient par la pose de filets. Il considère que d’autres facteurs que l’exposition à l’eau devaient être responsables de ces 6 cas.

On ne peut cependant exclure que parmi ces 6 sujets certains aient eu, notamment dans l’enfance et l’adolescence, des activités dans l’eau même limitées. Les observations médicales actuelles ont permis de montrer qu’il existe un important facteur individuel de sensibilité qui fait qu’à exposition égale à l’eau, certains sujets développent rapidement des exostoses et d’autres jamais. D’autre part, on constate actuellement la présence d’exostoses chez des sujets n’ayant eu aucune exposition prolongée à l’eau. Enfin, certains de ces sujets ont pu migrer depuis une région où des pratiques aquatiques existaient voire l’usage de bains romains comme l'indique d'ailleurs l'auteur.

Donc les nubiens ne pratiquaient pas le windsurf sur le Nil.

24/09/2009

Jules Le Baron (1855-1902)

Jules Le Baron a soutenu une thèse de médecine à Paris en 1881 intitulée « Lésions osseuses de l'homme préhistorique en France et en Algérie » éditée chez A. Derenne. Ce sera l’unique publication connue de ce médecin passionné d’anthropologie.
Cette thèse est la première publication francophone spécifiquement consacrée à la paléopathologie. L’auteur a étudié des collections rassemblées dans des musées et collections diverses à Paris (Muséum, Musée Broca, Musée Dupuytren).
Son but était « d’étudier le squelette de l’homme préhistorique, au point de vue des lésions qu’il porte, et d’en tirer des conclusions capables de nous éclairer sur sa pathologie et aussi sur ces mœurs ». Cette définition de la paléopathologie est toujours d’actualité.
Ce caractère fondateur est aussi présent dans le contenu de cette thèse. L’auteur a ainsi longuement discuté le diagnostic différentiel entre les lésions pathologiques et les altérations post mortem, avec notamment le rôle des rongeurs, soulignant l’importance de ce qui sera nommé, bien plus tard, "Taphonomie".
Sa thèse reposant sur des études de cas, avec le plus souvent des os isolés notamment des fragments de crânes, et les connaissances médicales de l’auteur étant celles de la fin du 19° siècle, il n’est guère possible d’utiliser ses données sans un nouvel examen des pièces. Sa vision des hommes préhistoriques était aussi celle de son temps : « Piller et conquérir, telle a été et est encore la vie des peuples sauvages ».
Il n’en reste pas moins que Jules Le Baron fut un précurseur. Sa thèse mérite d'être lue et ne doit pas être oubliée quand on évoque l’histoire de la paléopathologie.
Elle peut être téléchargée gratuitement sur le site de la BIUM (cliquer sur le titre de cette note).

28/08/2009

Spina bifida des Egyptiens adultes

La pathologie rachidienne de deux séries égyptiennes a été étudiée par F.H. Hussien et al (International Journal of Osteoarchaeology, on line sous presse). Le matériel provient de l’oasis de Bahriyat et date de la période gréco-romaine (332-330 BC). Les auteurs ont étudié 848 vertèbres pré-sacrées et 77 sacrums. Ils ont comparé cette population à celle de la nécropole de Giza datée de l’Ancien empire (3000 BC).

Il n’existe pas de différences majeures entre les deux populations de prévalence des lésions dégénératives, traumatiques, d’anomalies transitionnelles lombo-sacrées et de spondylolyses. Des fractures ostéoporotiques sont observées, peu nombreuses et pas de séquelles de maladies infectieuses.

Il faut noté un taux nettement plus élevé de spina bifida dans la série de Bahriyat (62,33%). Nettement plus élevée que dans l’Ancien Empire (3,33%). Les auteurs indiquent que la prévalence des spina bifida est élevée en Egypte et évoquent un facteur génétique avec un taux élevé de consanguité. Ils n’évoquent pas de facteur nutritionnel avec les carences en acide folique au cours de la grossesse pourtant médicalement admises actuellement avec prescription de cette vitamine pour en diminuer la prévalence dans les pays pauvres. Ces auteurs égyptiens signalant le taux élevé actuellement en Egypte, peut-être leur était-il difficile de mettre en avant cette cause bien identifiée y compris en paléopathologie depuis longtemps.

Attention : Il existe donc une erreur dans le tableau 3. Il est indiqué qu’il y a chez l’homme un taux global de spina bifida de 6/41 dont 4/41 incomplets et 21/41 complets. Pour que les taux soient conforment aux totaux, il faut que la prévalence globale des hommes ait été de 25/41 et là il n’y a effectivement pas de différences inter sexes.

26/08/2009

Les hypothèses pathologiques font « flores »


La découverte, il y a quelques années, de restes d’hominidés de petite taille et de morphologie archaïque dans une grotte de l' île de Flores en Indonésie et datés d’environ 18000 ans a ouvert un débat paléoanthropologie versus paléopathologie qui continue. S’agit t’il d’une nouvelle espèce d’hominidés fossiles Homo floresiensis proches des homo erectus qui aurait évolué dans un contexte insulaire vers le nanisme ou de cas pathologiques d’homo sapiens?
Deux hypothèses pathologiques viennent encore d’être récusées. I. Herrshkovitz et al avaient émis l’hypothèse qu’il s’agissait d’un syndrome de Laron, une maladie endocrinienne congénitale très rare responsable d’une insensibilité à l’hormone de croissance (American Journal of Physical Anthropology 2007, 134 : 198-208). Cette hypothèse vient d’être récusée par D. Falk et coll (American Journal of Physical Anthropology 2009, 140 : 52-63).
De même, l’hypothèse d’une déformation du crâne LB1 liée à une atteinte malformative sévère avait été proposée par T Jacob (Proceedings National Academy of Sciences USA 2006 103 13421-6). Des modélisations 3D et de nouvelles études tendent à minorer l’importance de ces déformations. Pour Y. Kaifu et al, il s’agirait d’une plagiocéphalie, anomalie mineure, fréquente et sans conséquences physiologique de la base du crâne (American Journal of Physical Anthropology 2009, 140 : 177-85).
Les hypothèses paléopathologiques pour expliquer la morphologie de ces fossiles ont largement alimentées les revues scientifiques et les réunions internationales. Il semble difficilement admis par certains chercheurs que des hominidés aient pu évoluer vers une espèce endémique naine en étant en milieu isolé comme le firent les éléphants nains de Sicile, les hippopotames de Malte ou les mammouths de la presqu’île de Wrangel en Sibérie.

25/08/2009

Reconstitution aberrante d'une mandibule



Jusqu'à une cinquantaine d’années, les fossiles humains découverts fragmentés faisaient l’objet de reconstitution avec ajout de matériaux synthétiques divers entrainant parfois des erreurs importantes. L’imagerie 3D permet des démontages virtuels et remontages de ces fossiles pour de nouvelles études. Une situation plus rare est la confusion de restes d’animaux avec des fossiles humains.

Le crâne et la mandibule d’un jeune enfant ont été découverts dans un niveau magdalénien de la grotte de Rochereil, Dordogne, France en 1939. Très fragmentés, ils ont été prélevés avec les sédiments environnants en un seul bloc, dégagés en laboratoire puis reconstitués. Le crâne avait été mal reconstitué et le diagnostic d’hydrocéphalie qui avait été retenue était de ce fait erroné (B Mafart et al, C .R. Palevol. 2007, 6, 569-79).

La mandibule a été également reconstituée de façon erronée (B Mafart, C.R. Palévol, 2009, 8, 403-12). Si les trois molaires déciduales sont bien humaines et en place, en revanche, seule une des six dents du bloc incisivo-canin, une deuxième incisive déciduale droite est humaine mais positionnée à gauche. Les autres dents sont des incisives et canines de plusieurs jeunes rennes adultes. La confusion de ces dents animales, provenant vraisemblablement des sédiments environnants, avec des dents pathologiques d’enfant a été favorisée par l’existence de lésions pathologiques crânienne et mandibulaire. La possibilité de reconstitution aberrante avec confusion avec des restes animaux doit être systématiquement évoquée pour des fossiles restaurés dans le passé.

24/08/2009

Brucellose chez un australopithèque ?


D’anastasio et coll ont étudié la paléopathologie de vertèbres (D9-L5) d’un Australopithecus africanus (ST431) découvert à Sterkfontein (PLos one 2009, 4, 7, e6439). La présence de lésions du corps vertébral de L4-L5 et surtout d’une lyse du bord antéro-supérieur du corps de L5 est interprétée comme caractéristique d’une infection par Brucella et présenté comme le plus ancien cas connu de brucellose osseuse.
Le caractère pathognomonique de la brucellose de ces lésions du bord antérosupérieur des vertèbres fait débat. En particulier, S Mays les a étudié dans une série historique et les a observé dans 4% des cas (International journal of Osteoarchaeology, 2007, 17, 2, 107-111). Selon cet auteur, des hernies intra spongieuses dont on connait la fréquence (ex « maladie de Scheueurmann ») seraient principalement à l’origine de ces lésions.
Sa conclusion était que les lyses du bord marginal antérieur des vertèbres ne sont pas suffisantes pour diagnostiquer une brucellose en l’absence d’autres arguments : autres lésions osseuses ou preuves biomoléculaires d’ADN de brucella. Cet auteur est bien cité dans l’article de D’anastasio et coll, mais il est simplement indiqué que S. Mays a proposé d’autres diagnostics comme les hernies intra spongieuses !!
Le cas publié dans Plos n’a pas les critères de diagnostic d’une brucellose selon S. Mays car il n’y a pas de lésions extravertébrales décrites ni d’étude d’ADN bactérien, qui imposerait cependant une destruction inacceptable d’une partie de cette pièce. Le diagnostic de brucellose est donc une hypothèse intéressante mais pas la seule.

02/07/2009

Tuberculose et ADN, problème méthodologiques


Le diagnostic de tuberculose par mise en évidence de l’ADN de mycobacterium tuberculosis est, à l’évidence, un progrès majeur en paléopathologie. Cependant, comme pour toute recherche d’ADN, la problématique doit être bien posée, les conditions de recueil des prélèvements et d’analyse en laboratoire imposent des précautions drastiques.
Ces problèmes sont explicités par A.K. Wilbur et coll (Journal of Archaeological Science 2009 sous presse on line). Les auteurs rappellent très opportunément qu’une recherche d’ADN microbien, analyse destructrice d’ossement, ne doit être réalisée que si elle s’inscrit dans un questionnement scientifique rigoureux. Sachant que pour obtenir un gramme de matériel osseux analysable il faut un échantillon initial d'os d’environ 2x2x1 cm et qu’il doit être doublé afin d’avoir un témoin, il est clair que la pièce sera mutilée par le prélèvement, et en particulier au niveau où les plus importantes lésions sont visibles.
Certaines études d’ADN tuberculeux sont sans justification scientifique selon les auteurs. Ainsi, la recherche itérative devant des lésions plus où moins typiques du plus ancien cas de tuberculose n’a pas d’intérêt sachant que le germe existait bien avant l ‘apparition d’Homo sapiens.
Les auteurs se livrent ensuite à une sévère critique d’un article de Hershkovitz et Coll (Plos One 2008, 3, 10, e3426) où le diagnostic de tuberculose chez un adulte et un enfant du site Néolithique du Moyen Orient de Atlit-Yam avait été retenu et avait conduit à une analyse d’ADN. Ils considèrent que les critères macroscopiques pour le diagnostic de tuberculose n’étaient pas présents et donc que les prélèvements n’étaient pas justifiés et que les résultats paléobactériologiques sont contestables et pourraient refléter des contaminations. Ils récusent donc à la fois le diagnostic macroscopique et paléobactériologique de cette étude.
Les auteurs rappellent l’importance d’un diagnostic macroscopique précis en indiquant les aspects pathognomoniques et non pathognomoniques des tuberculoses en paléopathologie.
La méthodologie, du prélèvement à l’analyse, doit reposer sur des critères validés. Les risques de contamination depuis le prélèvement jusque durant les analyses sont majeurs pour des germes très répandus. Les auteurs exposent de façon très détaillée l’état des connaissances paléobactériologiques et indiquent que les recherches futures doivent être focalisées sur la co-évolution tuberculose/ homme.


05/06/2009

Paléopathologie de la maladie de Paget


La maladie osseuse de Paget (osseuse car Sir James Paget a décrit trois maladies qui portent son nom dont une est une forme de cancer du sein) est une ostéite déformante associant une remodelage osseux et une fibrose médullaire. Aucune étiologie n’a été prouvée mais il existe des formes familiales héréditaires pour laquelle il a été récemment mis en évidence un déterminisme génétique avec présence de mutations chromosomiques. Cette affection touche essentiellement les populations d’origine européenne.
De nombreux cas isolés ont été décrits en paléopathologie. Le diagnostic est suspecté devant un os déformé, comme soufflé par exemple le crâne, un fémur, une vertébre, un des deux os coxaux) mais c’est l’aspect radiographique qui est le plus évocateur avec notamment un élargissement de la corticale, un épaississement de l’os trabéculaire donnant un aspect floconneux des os. Idéalement, une histologie est réalisée qui montre des remaniements architecturaux osseux. Le diagnostic différentiel est essentiellement celui de métastases de cancer osseux.
A. Wade et coll (Paleopathology Newsletter, 2999 146: 24-32) en ont étudié un cas issu d’une collection anatomique. Il proposent une courte revue de la littérature (sans signaler les travaux génétiques récents) et insistent sur l’intérêt de l’imagerie scannographique et en particulier des coupes fines des scanners médicaux qui permettent d’apprécier l’aspect de la structure interne osseuse et facilitent le diagnostic.
Dans l'avenir, la paléopathologie de la maladie de Paget bénéficiera probablement des progrès de l’imagerie avec les microscanners qui permettent d’analyser la microstructure osseuse et, du fait de ces mutations chromosomiques, de la paléogénétique.

02/06/2009

Alimentation autour du Lac Baïkal à l’Âge du Bronze


Des chercheurs russes, canadiens et britanniques étudient les populations de l’Âge du Bronze autour du lac Baïkal dans le cadre d'un projet multidisciplinaire. A. Katzenberg et Coll (Journal of Archaeological Science 2009 36:663-74) ont étudié la paléonutrition dans la nécropole de Khuzhir XIV, utilisée pendant 700 ans (2100-2700 BC). Au cours de plusieurs études préliminaires, toutes publiées antérieurement, ils ont analysé la composition isotopique des restes fauniques archéologique, de la faune, des poissons et de la flore actuelle de la zone du lac. Ces études ont permis de préciser les teneurs isotopiques dans chaque espèce.
Dans le cadre de l'étude bioarchéologique des restes humains, leurs teneurs en collagène, en carbonate et les isotopes 13C /25 N ont été analysées.
Il est apparu que ces populations tiraient leur apport carné essentiellement des poissons, en particulier des espèces vivant près du rivage, avec une part plus limitée de faune terrestres voire de phoques.
Il a été observé une variation individuelle de la teneur en 25 N selon la position des individus dans la nécropole ce qui pourrait reflétait des élément d’ordre social.
Il n’existait pas ce corrélation entre de la teneur en dans le collagène et le carbonate des os. Ce point pourrait refléter des variations saisonnières et au cours du temps de la proportion d’animaux terrestres et de poissons consommés. Cette teneur relative de 13C collagène/carbonate pourrait être dans l’avenir un marqueur utile pour les sujets ayant des apports carnés mixtes.
Ce corpus d’étude sur la préhistoire et la bioarchéologie autour du lac Baïkal représente dès à présent une source exceptionnelle d’informations (Site internet du projet Baïkal en cliquant sur le titre de cette note).

01/06/2009

Paléotraumatologie des guerriers mongols


Les fouilles archéologiques en Asie centrale permettent de retrouver les restes des grands peuples cavaliers, nomades et guerriers qui l’ont peuplé. X. Jordana et Coll (Journal of Archaeological Science 2009 ; 36 :1319-27) ont ainsi étudié la paléotraumatologie de 10 squelettes (7 hommes, 1 femmes, 2 enfants) découverts dans un tumulus de l’Age du Bronze (culture Pazyryk, liée aux Scythes) en République de l’Altaï, dans les montagnes de Mongolie, et datés du 5° siècle BC.
14 lésions traumatiques directes par armes (os coupé, crâne enfoncé) ont été retrouvées sur 7 sujets dont la femme et un des enfants. Six lésions osseuses étaient cicatrisées et correspondaient donc à des blessures survenues à distance du décès mais 8 autres, dont des lésions crâniennes, étaient non cicatrisées et ont donc pu être létales.
Les lésions ont probablement été causées par des armes divers (haches, flèches, poignards) et la variété topographique plaide pour des combats et agressions d’une extrême violence qui ont ainsi concerné hommes, femmes et enfants. Par ailleurs, un des crânes présente sur sa voûte de fines entailles qui sont en faveur du détachement du scalp.
Toutes ces données sont concordantes notamment avec les écrits d’Hérodote sur les mœurs de ces peuples que les études paléopathologiques, dont celle-ci, contribuent à objectiver.

31/05/2009

Amidon et Paléonutrition


Les marqueurs utilisés en paléonutrition sont le plus souvent indirects, comme les marqueurs isotopiques osseux. Dans l’étude de K. Hardy et Coll (Journal of Archaeological Science 2009 36 : 48-55), pour la première fois, un marqueur direct des aliments consommés, l’amidon piégé dans le tartre dentaire a été recherché pour appréhender la consommation de céréales.
Par une méthode très sophistiquée, les auteurs ont extrait l’amidon du tartre dentaire et ont analysé la morphologie des grains. Cette étude princeps a porté sur des chimpanzés et de petits échantillons provenant d’un site datant de l’âge du bronze d’Anatolie et de sites historiques de Grande-Bretagne.
Des granules d’amidon ont pu être mis en évidence dans tous les échantillons. Leur morphologie est parfois altérée. La cuisson, la mastication des aliments et la diagenèse peuvent en être la cause. La comparaison avec les grains d’amidon de végétaux actuels a permis, par exemple, d’identifier des grains provenant de tubercules dans le site préhistorique d’Anatolie, d’orge dans un site historique. Par cette étude, les auteurs ont démontré la faisabilité de l'extraction et de l'identification des grains d’amidon du tartre dentaire, correspondant donc à des plantes qui ont été mastiquées. Les limites techniques sont d'une part la nécessité d’un bon état de conservation des grains et d'autre part le fait qu'il n'est possible que de déterminer le genre des plantes et non l’espèce.
Cette méthode ouvre cependant la voie à une approche directe de la consommation de céréales dans les populations archéologiques.

24/05/2009

Jean Dastugue (1910-1996)




Jean Dastugue (1910-1996) était un chirurgien orthopédique français, également anatomiste à la Faculté de Médecine de Caen. Il publia de nombreuses études paléopathologiques entre 1958 et 1995. Parmi celles ci, un ouvrage synthétique avec comme co-auteur V Gervais : « Paléopathologie du Squelette humain » (1992 Boubée édit) où il développe son approche personnelle de la paléopathologie. Il était particulièrement intéressé par les limites entre le normal, l'anormal et le pathologique.

Ses travaux ont porté notamment sur des nécropoles de France et du Maghreb. Il est un des premiers auteurs à avoir publier l’étude paléopathologique des restes humains comme un chapitre autonome dans des monographies d’études anthropologique. Il a notamment collaboré à l’étude des nécropoles préhistoriques d’Afrique du Nord de Taforalt et Columnata. Il a publié également des travaux sur les trépanations.

Il a fondé le laboratoire d’anthropologie de la faculté de médecine de Caen.

Liste non exhaustive de ses publications en suivant le lien du titre de cette note.


22/05/2009

La spondylolyse chez des paléo-indiens


La spondylolyse (du grec spondylos , vertèbre et lysis , destruction) est définie par la présence d’une séparation entre l’arche neurale et le corps vertébral. La localisation préférentielle est la cinquième vertèbre lombaire (L5), plus rarement la quatrième lombaire (L4) et la première vertèbre sacrée (S1). Les controverses sur l’étiologie de cette affection furent longues et nombreuses. Les tenants d’une hypothèse congénitale s’opposèrent longtemps à ceux d’une origine traumatique ou microtraumatique. L’hypothèse d’une fracture de fatigue, basée sur des travaux de médecine sportive, s’est imposée et ce mécanisme physiopathologique explique vraisemblablement la plupart des atteintes.
Dans les populations historiques et modernes européennes le taux est beaucoup plus faible, proche de 6 à 7%. Nous avions observé une prévalence de 4,9% sur un effectif de 102 rachis d’une nécropole historique (Paleobios 2004 13- lien dans le titre de cette note). Dans les populations anciennes nord-américaines, les taux les plus élevés sont rencontrés chez les Inuits.
L’étude réalisée par E Weiss sur 146 squelettes (66 H, 66 F et 14 indéterminés) d’une population paléoindienne d’un mound de la baie de San Francisco en Californie, datée de 2080 à 250 BP (International Journal of Osteoarchaeology 2009 19 375-385) retrouve également des taux très élevés de 16,4%. Les hommes ont la prévalence la plus forte (26% versus 11%). Une association significative avec une lombalisation de S1 n’a été notée que chez les hommes. Ce taux élevé de spondylolyse est en faveur de contraintes mécaniques importants dans cette population, notamment chez les hommes.
La spondylolyse est un marqueur utile pour approcher les contraintes physiques des populations mais nous considérons que seuls des taux élevés (au delà de 10%) dans une population peuvent avoir une signification, à condition que l'effectif soit important. Il n’est pas possible d’attribuer à cette lésion une valeur individuelle d’information sur le mode de vie d’un sujet donné, seule une étude statistique a une signification.

21/05/2009

Chondrocalcinose et ambiguité terminologique


Lorsque les terminologies médicales francophones et anglophones diffèrent pour une même affection, il suffit de les traduire. Plus difficile est la situation où un terme médical recouvre des entités proches mais non superposables selon les auteurs. C’est le cas pour les mots chondrocalcinose et chondrocalcinosis.
La chondrocalcinose est une arthropathie métabolique fréquente du sujet âgé caractérisée par l'infiltration par des cristaux de pyrophosphate de calcium des (fibro-) cartilages (typiquement du ligament triangulaire du carpe et des ménisques) et pouvant se traduire cliniquement par des poussées inflammatoires articulaires. Sa traduction en chondrocalcinosis avec pour synonyme « calcium pyrophosphate dihydrate disease » recouvre la même définition que pour les francophones.
Il semble que certains auteurs anglophones regroupent sous ce terme toutes les calcifications acquises de tissus myo-ligamentaires avec des causes multiples qui vont de la simple dégénérescence discale à l’acromégalie en passant par la chondrocalcinose strictu senso.
Ainsi, un article de S Mays et coll (International journal of Osteoarchaeology 2009 , 19 : 39-46) illustre cette ambiguîté terminologique. Il y est présenté un cas de «chondrocalcinosis » avec des calcifications intervertébrales associées à des lésions arthrosiques sévères des deux épaules, à des calcifications tissulaires d’origine inconnue car découvertes dans les sédiments, à des lésions fémorales (mais avec une manifeste ostéochondrite fémorale donc survenue dans l’enfance) et à des ostéophytes assez banaux. Les auteurs discutent les différentes étiologies possibles pour ce cas selon ce concept élargie «chondrocalcinosis» en particulier une ochronose sans pouvoir conclure d’autant que les études physico-chimiques des calcifications, dont la provenance peut être très diverse, n’ont rien donné. Cette discussion n'a pas de sens si on adopte la définition classique de la chondrocalcinose.
Il est donc très important de se méfier des différences terminologiques en paléopathologie, de bien déterminer le sens attribué à des syndromes et maladies par les différents auteurs, comme il faut se méfier des «faux-amis» en langue anglaise.

17/05/2009

Cribra orbitalia et hyperostose porotique crânienne


En paléopathologie comme dans bien des domaines, il y a des sujets qui sont périodiquement traités sans qu’aucune conclusion définitive ne puisse être portée. C’est le cas des facteurs déterminant la présence de cribra orbitalia, cet aspect microporeux orbitaire, et de l’hyperostose porotique qui est le même type de lésion mais sur la voûte crânienne. PH Walker et Coll proposent une mise au point bibliographique sur ce sujet (American journal of Physical Anthropology 2009, pre print on line). Par une analyse exhaustive de la littérature (5 pages et demi de références), ils décrivent les différents aspects lésionnels et s’attachent à analyser tous les facteurs étiologiques qui ont été évoqués par les différents auteurs.
Ils discutent le rôle des différents facteurs étiologiques à la lumière des données archéologiques, historiques et bioanthropologiques des populations des Pueblos des Etats-Unis.
A partir de ces données, leur conclusion est que ces deux lésions ne sont pas liées à des anémies ferriprives (carence en fer) mais résultent d'une conjonction de facteurs : carences nutritionnelles, états sanitaires médiocres, infections notamment intestinales, pratiques culturelles avec des accès variables selon les sujets aux moyens de subsistance. Le mécanisme physiopathologique serait une hyperplasie médullaire secondaire à des anémies mégalobastiques qui seraient donc les responsables directs de ces aspects de cribra orbitalia et d’hyperostoses porotiques. Ces anémies résulteraient de carences en Vitamine B12 chez les mères, aggravées chez l’enfant par une alimentation carencée et des infections digestives.
Les auteurs, par une déduction quelque peu audacieuse, indiquent que les carences en B12 ayant des conséquences neuropsychiques, cela pourrait avoir contribué à l’existence de l'importante violence interpersonnelle et de l’anthropophagie décrites dans les populations des Pueblos qui présentent fréquemment de telles lésions osseuses !

16/05/2009

Déformation crânienne et os lambdoïdes




Les pratiques consistant à appliquer des contraintes mécaniques sur les os de la voûte du crâne des enfants pour leur donner une conformation particulière variable selon chaque ethnie sont regroupées sous le nom de «déformations crâniennes». Par ailleurs, il existe de façon inconstante et avec une fréquence variable dans les groupes humains, des os surnuméraires dans les sutures crâniennes notamment au niveau lambdoïde. Pour plusieurs auteurs, les déformations crâniennes induiraient la formation d’un nombre plus élevé d’os suturaux, à partir notamment d’étude expérimentales chez des rongeurs. Les études dans les populations anciennes ont donné des résultats contradictoires.
C. Wilcziak et Coll (American Journal of Physical Anthropology 2009 on line pre print) ont étudié le lien entre les os lambdoïdes et les déformations crâniennes d’une série de crânes d’un site du Nouveau-Mexique (130-1680 AD).
Ils ont analysé 68 crânes normaux et 49 crânes déformés (40 déformations occipitales et 9 déformations lambdoïdes). Ils ont corrélé le type, l’importance de la déformation et son caractère symétrique ou non avec le nombre et la localisation des ossicules lambdoïdes. La seule corrélation positive a été observée entre les déformations asymétriques gauche et le nombre d’ossicules à droite mais cela pourrait être un effet d’échantillon.
Le débat reste ouvert et, comme le concluent les auteurs, des études portant sur des populations génétiquement homogènes avec des effectifs importants, notamment pour les ossicules avec faible prévalence, restent à faire.

15/05/2009

Fractures de côtes


Il est banal de découvrir des cals de fractures de côtes en étudiant des squelettes. Leur prévalence dans les populations est cependant mal connue, peu d’études systématiques étant disponibles dans la littérature. L’intérêt de l’étude réalisée par V Matos dans une série d’un musée portugais (American Journal of Physical Anthropology, 2009 on line pre print) contribue à combler cette lacune.
L’auteur a examiné 197 squelettes de sexe et âge connus datant de la fin du 19° et du début du 20° siècle. Il a observé des cals de fractures de côte dans 23,9% des sujets et 2,6% des côtes conservées. Les côtes moyennes ( 5° à 8°) et plus généralement celles qui s’articulent avec le sternum (1 à 7) sont le plus souvent concernées avec une prédominance à gauche. Les fractures sont le plus souvent unilatérales et dans environ un cas sur 10 plusieurs côtes adjacentes étaient fracturées.
Il existe une prédominance masculine modérée (environ 55% versus 45%), mais pas de prédominance nette d’une classe d’âge au décès.
Dans les autres études publiées dans la littérature, la prévalence varie de 5,2% à 31,3%, le taux de cette population récente portugaise se situe donc dans la moyenne de ces valeurs.
Enfin, l’auteur a corrélé les fractures de côtes et les causes de la mort et note que les décès par pneumonie sont associés aux fractures de côtes mais la fiabilité des diagnostics médicaux il y a plus d’un siècle sont largement sujets à caution, à mon avis.

12/05/2009

Pseudopathologie et insectes


Les lésions post mortem dans les sédiments ou lésions taphonomiques peuvent donner un aspect pseudopathologique. Celles provoquées par des rongeurs sur des os sont bien connues. Le rôle des insectes et en particulier des hyménoptères était mal connu jusqu’au travail de E. Pittoni (International Journal of Osteoarchaeology 2009 19 : 386-96.). En étudiant les squelettes d’une nécropole de Sardaigne d’époque romaine : Pill’e Matta, l’auteur a constaté la présence de perforations et d’érosions sur les os de 45 des 72 sujets. Les lésions touchaient notamment les os longs et les os plats de la voûte crânienne. Leurs diamètres allaient de 4 à 8 mm.
La responsabilité de guèpes de l’espèce Philantum triangulum qui construit des galeries dans le sol (et se nourrit d’abeille) et d’Halictidae (abeilles solitaires) dans la formation de ces lésions est établie par la constatation au cours des fouilles de la capacité de ces insectes à pénétrer dans ces tombes, par la similarité des diamètres des lésions osseuses et des galeries des insectes et par la découverte de larves. Par ailleurs, les tombes les plus profondes (2 mètres) étaient indemnes, ce qui correspond aux modes de vie de ces insectes. La perforation des os était facilitée par leur mauvais état de conservation dans cette nécropole qui altérait leur résistance.
L’auteur termine ce très intéressant article par la présentation de plusieurs cas démonstratifs.